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À quoi sert l’état en Italie ?

parYves MENY, politologue, président émérite de l’Institut universitaire européen de Florence (Italie)

Articles de la revue France Forum

Un grand corps malade placé sur une société civile forte.

Si l'on posait la question à des Italiens dans la rue, il est à craindre que l’immense majorité ne soit tentée de répondre : « à rien » ou « à nous embêter ». Pour tenter de comprendre cette hostilité généralisée et d’en tirer une analyse un peu moins excessive, il est nécessaire de revenir en arrière.

L’État italien est le rejeton d’une multitude d’états de traditions et de cultures différentes qui, au cours des deux millénaires précédant l’unité italienne, ont construit, souvent sous la contrainte d’influences étrangères, des systèmes étatiques profondément divergents : influence espagnole dans le royaume des Deux-Siciles  ; influence française dans le royaume du Piémont ; influence autrichienne dans le Milanais ou la Vénétie ; influence de l’église dans les états du pape. Sans compter les particularismes de certains petits royaumes ou principautés : Parme, Modène, le duché de Toscane. L’unification italienne, non seulement n’a pas été en mesure de créer un état capable de remédier à cette fragmentation, mais, sous l’apparence de règles uniques et d’une modernisation inspirée de modèles étrangers, en a conservé souvent les aspects les plus négatifs légués par chacun des systèmes antérieurs.

Pourtant, ce ne sont pas les efforts qui ont manqué pour tenter de créer un état moderne et efficace. Les Piémontais, une fois leur mainmise assurée, ont appliqué un schéma centralisateur à la française inspiré de leur propre expérience, mais ont dû faire face, très vite, à la rébellion du Mezzogiorno (il brigantaggio). Puis, au fil du temps, les populations méridionales dépourvues de débouchés dans le secteur privé ont colonisé l’administration en y important la culture du clientélisme, du familisme, de la corruption et, surtout, d’un juridisme formaliste pathologique. Le système est gangrené de l’intérieur et ni l’autoritarisme de Mussolini ni les compromis ou le transformisme des partis n’ont su résoudre un problème millénaire.
 

L’ÉTAT, VACHE À LAIT À EXPLOITER. L’état présente tous les traits extérieurs de la modernité dans ses principes, dans son organisation, dans ses institutions, mais ne réussit jamais, quel que soit le...

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