© Atelier 211 - L’Erasmus des apprentis offre la possibilité aux « étudiants des métiers » d’accomplir une mobilité longue.

Erasmus de l’apprentissage

parJean ARTHUIS, ancien ministre, député européen

Articles de la revue France Forum

Les voyages forment la jeunesse, toute la jeunesse.

L'emblème de ce que l’Europe sait faire de mieux, le programme Erasmus+ vient de célébrer son trentième anniversaire. Depuis 1987, près de 5 millions de personnes en ont bénéficié, donnant ainsi naissance à une véritable génération d’Européens. Désireux de voyager, de participer aux échanges entre universités, conscients de la valeur ajoutée de la mobilité dans leur cursus, ils étaient 3 200 pionniers en 1987, ils sont aujourd’hui 300 000. 

Depuis sa création, le dispositif profite essentiellement aux étudiants. Ainsi, en France, en trente ans, 615 000 y ont participé, tandis que seulement 25 600 apprentis y ont eu accès. En 2017, alors que 43 000 étudiants français partent en mobilité longue, 6 800 apprentis se déplacent principalement pour des séjours de deux à quatre semaines. Cette différence de traitement est inacceptable dès lors qu’il s’agit d’inciter les jeunes à voyager en Europe pour éveiller leur citoyenneté européenne.

La volonté d’offrir aux apprentis l’accès aux bourses Erasmus+ se fonde sur la conviction que l’apprentissage est un levier efficace contre le chômage qui affecte si rudement la jeunesse. En Europe, ce fléau atteint un jeune sur quatre en moyenne et plus d’un jeune sur deux dans les pays les plus touchés. Certains pays jouissent, toutefois, d’une tradition bien enracinée dans leur tissu économique et social et pratiquent avec succès l’apprentissage. L’Allemagne, les Pays-Bas, l’Autriche en sont des exemples frappants puisque leurs jeunes accèdent plus aisément qu’ailleurs au monde du travail. Dans le même ordre d’idée, il est judicieux de s’intéresser au cas de la Suisse où 30 % seulement d’une classe d’âge obtient le baccalauréat, mais 100 % un emploi grâce à l’orientation précoce vers la formation professionnelle. 


UN LEVIER CONTRE LE CHÔMAGE. Évoquant l’exemple allemand, le chef du gouvernement français, Édouard Philippe, juge que « nous devons réussir une vraie révolution des mentalités en France1 ». Dans les années 1970, alors que se mettaient en place les centres de formation d’apprentis (CFA), les préjugés de la société française sur l’apprentissage étaient frappants. Présumé faciliter l’exploitation abusive des jeunes par les entreprises, il était perçu comme l’ultime recours pour les élèves en difficulté scolaire. Aujourd’hui, cette vision...

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1. Tweet du 15 septembre 2017.

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