L'avenir de l'État providence en Europe : conclusion

parNicolas BOUZOU, économiste, président d’Astérès, Cercle de Belém
30 Décembre 2016
Actualité

Conclusion du colloque "L'avenir de l'État providence en Europe". L'ensemble des interventions sera publié sur notre site, rubrique "Actualités". Ce colloque était organisé par le Cercle de Belém et l'institut Jean Lecanuet, le 2 décembre 2015, au palais du Luxembourg.

Nous avons voulu organiser ce colloque pour constituer un réseau d’intellectuels européens et pas simplement un réseau d’économistes européens. Si l’économie explique bien des choses, elle ne suffit pas. Il est important de pouvoir échanger avec des responsables politiques et des philosophes pour couvrir l’ensemble de la chaîne. 

Nous avons également tenu à ce que cette rencontre se fasse, pour la première fois, à l’échelle européenne. En effet, l’échange des bonnes pratiques est capital sur bien des sujets. Nos cultures sont différentes : nous savons bien que le Danemark n’est pas la Grèce et que la France n’est pas la Suisse. Pour autant, nous savons que certains dispositifs peuvent fonctionner quelle que soit la culture considérée et nous devons nous en inspirer.

Ainsi, grâce à nos amis européens qui ont mené les bonnes réformes – Danois, Allemands, Britanniques, Autrichiens, Néerlandais, voire Italiens –, nous commençons à avoir des idées précises pour, sinon revenir au plein-emploi, du moins réduire considérablement le chômage. 
Nous savons bien qu’il faut introduire un nouveau contrat de travail comme l’a fait Matteo Renzi en Italie. Mieux vaudrait, bien sûr, remplacer tous les mauvais par un nouveau, mais il faut tenir compte de certaines réalités politiques et espérer que le bon contrat finira par chasser les mauvais. Le compromis auquel est parvenue l’Italie paraît tout à fait louable, d’autant que le taux de chômage italien, même s’il est plus élevé qu’en France, s’inscrit lui dans une dynamique décroissante.

Nous savons aussi qu’il faut rendre les allocations chômage dégressives après un certain temps, comme les Néerlandais ont été les premiers à le faire, suivis des Allemands. 

Nous savons que le coût du travail est une question importante, au moins pour les moins qualifiés. Nous savons que la question de la formation professionnelle est absolument essentielle dans une période de mutation économique.

Il est donc capital d’observer ce qui se passe à l’étranger sans nous voiler la face. On nous objecte que le Royaume-Uni est un pays bizarre, la Suisse un paradis fiscal et les Pays-Bas un petit pays. L’exercice perd effectivement de sa portée si nous ne nous comparons qu’aux pays où le taux de chômage est plus élevé.

Le deuxième sujet où l’échange est absolument capital est l’éducation. Des réformes majeures ont été menées au cours des dernières années en Europe. Les Suédois ont été les premiers à la décentraliser et à donner de l’autonomie aux établissements scolaires, notamment à l’échelon primaire. Les travaillistes britanniques ont commencé à le faire, puis les conservateurs ont amplifié le mouvement. La décentralisation et la subsidiarité sont également des thèmes importants.

Au-delà, il nous faut parvenir à définir un corpus intellectuel européen, non pas parce que les Européens pensent différemment – une pensée est juste qu’elle soit américaine, chinoise, japonaise ou européenne –, mais parce que nous avons des problématiques et des valeurs communes. Nous sommes, par exemple, confrontés à la problématique majeure des migrations dans l’espace Schengen. Si la sphère des idées ne peut se mettre d’accord sur ce sujet, elle ne donne pas au personnel politique européen le matériau dont il a besoin. Il est donc très important de commencer par là. Les questions de politique étrangère et de défense peuvent également bénéficier de tels travaux collectifs. 
Il est nécessaire de rappeler que l’on vit bien en Europe. Notre continent souffre parfois d’un complexe d’infériorité difficile à expliquer. A tous points de vue – revenu, santé publique ou sécurité –, l’Europe reste l’endroit du monde où l’on vit le mieux. Il est important de le rappeler, même si bien des points doivent naturellement être améliorés.

Nous avons des valeurs communes, raison pour laquelle je suis un fédéraliste convaincu. Je me rattache à la définition de la nation de Ernest Renan : nous voulons vivre ensemble, car nous avons des conceptions communes. Je me sens chez moi quand je visite Stefano à Rome, Josef à Prague, Eline à Amsterdam, Colin à Londres et même, pour être provocateur, quand je vais voir Hande à Istanbul. En revanche, je ne suis pas chez moi à Séoul ou à Chicago, malgré l’appréciation tout à fait positive que j’ai de ces villes.

Il nous faut revenir aux origines et à Europe, cette princesse phénicienne enlevée par Zeus jusqu’au continent auquel elle a donné son nom. Europe signifie venir de quelque part et avoir une identité, mais en même temps être projeté au loin. Etymologiquement, le nom signifie « la vue large ». Cette étymologie doit nous aider à voir clair sur notre destin commun.